Türkiye Cumhuriyeti

Strazburg Daimi Temsilciliği

Konuşma Metinleri

La Turquie en tant qu’acteur du Projet Européen, 12.10.2012

Conférence donnée par Rauf Engin Soysal, Ambassadeur, Représentant Permanent de la République de Turquie auprès du Conseil de l’Europe, dans le cadre du 23ème édition du Festival International de Géographie
(12 octobre 2012, Saint-Dié-des-Vosges)

Monsieur le Président-Fondateur,
Madame la Présidente,
Monsieur le Directeur,
Mesdames et Messieurs,

C’est un honneur et plaisir de participer à la 23ème édition du Festival International de Géographie. Je remercie chaleureusement les organisateurs pour l’invitation qu’ils ont bien voulu m’adresser.

Ce Festival me fournit une excellente opportunité de visiter la belle ville de Saint-Dié-des-Vosges, capitale mondiale de la géographie.

Je remercie tout particulièrement Monsieur Christian Pierret, Ancien Ministre et Président-Fondateur du Festival et Madame Delmas-Marty qui est la Présidente cette année.

La présence de Madame Delmas-Marty me réjouit d’autant plus que j’aie suivi avec intérêt sa réflexion sur les Forces imaginantes du droit.

A l’origine de ce Festival – et je voudrais dire combien je suis heureux que la Turquie soit le pays invité dans cette 23ème édition; la référence au fameux cartographe Martin Waldseemüller et à sa carte de 1507 occupe un rôle clé.

Cette source d’inspiration évoque pour moi un autre nom et une autre carte: celui de Piri Reis, amiral et cartographe turc et sa carte mondiale de 1513.

Parmi les célébrations d’anniversaires auxquelles l’UNESCO s’associera en 2013, figure celle du 500ème anniversaire de la carte de Piri Reis, qui constitue également un patrimoine inestimable faisant partie de la Mémoire du monde.

C’est la première fois que je participe à un Festival de Géographie.

La réflexion sur la géographie a toujours été une dimension qui m’a attirée. Fils d’un père journaliste, j’ai vécu une grande partie de mon enfance et adolescence en France, en Belgique et au Liban.

De même, ma propre carrière diplomatique m’a conduite avec ma famille aux différents coins du monde.

La découverte d’une géographie nouvelle et des facettes du paysage; l’expérience de vivre dans un milieu différent et l’adaptation nécessaire à son environnement ; le constant effort de comprendre, de comparer et de saisir le changement : bref, ce positionnement inlassable dans un espace en mutation ne conduit-elle pas les diplomates à une certaine affinité pour le métier de géographe ?

Mesdames et Messieurs,

L’intitulé de ma conférence La Turquie en tant qu’acteur du Projet Européen nécessite, au préalable, quelques clarifications.

Mon propos ici sera davantage une réflexion sur le projet européen lui-même qu’une présentation historique de la démarche européenne de la Turquie.

En regardant le programme du Festival, j’ai pu d’ailleurs constater que les débats prévus permettront d’approfondir plusieurs aspects des relations entre la Turquie et la France, de la géopolitique autour mon pays ou encore de la question de l’adhésion à l’Union européenne.

Dans les années 90, à l’époque où j’étais à Paris, il y avait déjà un certain nombre de publications, études et rapports intéressants sur la Turquie et l’Europe.

La dernière décennie a été particulièrement riche en publications.

Nous retrouvons aujourd’hui non seulement dans les livres qui abordent spécifiquement le sujet, mais aussi dans bien de livres sur l’Europe et le questionnement par rapport aux voies à suivre, des références fréquentes à la Turquie, qui servent parfois comme des angles d’approche – parfois si différents ! – à une argumentation européenne.

En me concentrant sur le projet européen et la Turquie comme acteur, mon objectif est de dégager de mon côté quelques pistes de réflexion qui pourraient s’inscrire dans le débat sans cesse renouvelé de la justification de l’Europe.

Il est vrai que la réflexion sur le projet européen nécessite une mise en situation permanente.

Nous sommes aujourd’hui dans une conjoncture assez particulière où la réflexion sur le projet européen devrait être à même de générer une nouvelle impulsion.

Le désenchantement actuel, le pessimisme ambiant et l’incertitude quant aux pas à faire rendent le terrain plus complexe et créent des doutes de la vitalité du message européen.

Les régions en attente d’Europe sont de nos jours plus difficiles à repérer et ce, non seulement en dehors mais en Europe elle-même.

Il est même douteux que l’attente de plus d’Europe soit présente.

Ceci peut paraître paradoxal tant une Europe sans cesse plus étroite a fait chemin.

Les grands discours visionnaires des hommes politiques manquent.

Le projet européen lui-même a du mal à susciter un enthousiasme.

La crise de la dette publique de la zone euro, les défis économiques et sociaux auxquels font face une grande partie des pays européens, la crise des valeurs, la montée du populisme, l’inquiétude devant la résurgence de mouvements extrémistes, de la montée du racisme, de la xénophobie, voire de l’islamophobie qui s’avère être une nouvelle forme de discours de la haine, nous plongent en effet dans une ambiance assez morose.

La profonde mutation qui s’opère dans les régions avoisinantes de l’Europe, notamment le Printemps Arabe, les opportunités et risques qu’elle entraîne dans une vaste région, le phénomène du terrorisme qui ne connaît ni de nationalité ni de religion ni de géographie et constitue un crime contre l’humanité, présentent autant de défis à surmonter.

Tout ceci nous conduit, comme Madame Delmas-Marty nous le fait entendre dans son livre intitulé « Vers Une Communauté de Valeurs ? » , à la recherche d’une communauté de sens, dans la perspective d’un humanisme nouveau, pluriel et ouvert.

En somme, nous serions bien sage de prêter l’oreille à Jean-Luc Nancy.

Il nous rappelle que l’une des origines possibles du nom d’Europe est Euryopa, et reprenant le double sens étymologique du mot Euryopa, affirme « que l’Europe est celle qui voit au loin, plus loin que soi, voire dans sa propre obscurité » .

C’est dans un tel contexte que je souhaite ici mettre en exergue la Turquie en tant qu’acteur du projet européen.

Mesdames et Messieurs,

La Turquie est acteur du projet européen depuis ses débuts.

Si par projet européen, nous nous contentions de mentionner les efforts qui ont suivis la Deuxième Guerre Mondiale, cette participation à la construction européenne est tangible dans la plupart des initiatives entreprises sur notre continent.

Je citerai par exemple le Conseil de l’Europe où nous sommes un des premiers membres.

Dans ce contexte, la Turquie a activement participé dès le début aux travaux menant à la convention européenne des droits de l’homme.

Rappelons pour l’anecdote, que le principe de la rédaction d’une convention étant accepté, les opinions étaient divisées sur la création d’une cour, et lors de la conférence de hauts fonctionnaires qui se réunit en juin 1950, « …la France, l’Italie, la Belgique et l’Irlande y étant favorables, mais pas les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Norvège, la Suède, la Grèce et la Turquie. »

Cette participation active à l’effort européen reste d’actualité.

Parmi la trilogie des travaux sur la réforme de la Cour européenne des droits de l’homme figure la Conférence d’Izmir d’avril 2011 qui fut une des priorités de la Présidence Turque du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe.

L’interaction entre la Turquie et la Cour depuis 1987 a contribué à la création permanente et évolutive de cet organe juridictionnel, et à l’évolution dynamique et pluraliste de son héritage. L’héritage de la Cour s’est enrichi au fil des années, et en tant qu’un instrument vivant, il doit préserver son dynamisme et son pluralisme à la lumière des réalités et des conditions actuelles.

Aujourd’hui, la Cour s’efforce d’arriver, avec des ressources que la crise financière vient limiter, à rendre suffisamment de décisions et d’arrêts pour ne pas être noyée sous un flux considérable de requêtes. Mais ce n’est pas le seul défi à relever.

La Cour doit maintenir l’importance de l’Etat de droit et des libertés, alors que des courants extrêmes et hostiles à l’égalité et au pluralisme montent au sein de l’opinion et de la classe politique de plusieurs Etats. La Cour doit également demeurer sereine, impartiale et indépendante, alors que les requêtes devant elle reflètent souvent des situations de conflits soit à l’intérieur des Etats soit sur le plan international et interétatique.

Les exemples qui mettent en lumière l’apport intellectuel de la Turquie à l’effort normatif du Conseil de l’Europe sont nombreux. Nous pouvons aussi par exemple citer le rôle important de la Turquie dans l’institution de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance, une instance de monitoring du Conseil de l’Europe établie en 1993.

Un récent documentaire préparé par le journaliste turc Kayhan Karaca retrace les sillons de ce qu’il nomme, à juste titre, les Pères Fondateurs Turcs de l’Europe.

Il est assez remarquable de regarder les images d’archives et d’écouter les discours de Kasim Gülek, Président du Groupe Parlementaire ou d’autres représentants turcs lors des premières sessions de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe en 1949-50 : des messages forts symboliques sur la construction de l’Europe et les débats portant sur des sujets tels que la place d’une Allemagne démocratique en Europe.

En fait, du Congrès de Paris de 1856 où la Turquie entre dans le concert européen jusqu’au projet d’union fédérale européenne d’Aristide Briand de 1929, il n’est pas difficile de remonter plus loin dans l’histoire et considérer le rôle et la place de la Turquie dans les différent projets européens.

A travers des livres comme l’ouvrage de Henry Laurens, John Tolan, Gilles Veinstein, L’Europe et l’Islam - Quinze Siècles d’Histoire ou celui de Jean-François Solnon, Le Turban et la Stambouline , nous pouvons remonter voire même plus loin et «substituer à des schémas simplistes et réducteurs l’évidence d’une histoire plus complexe et plus riche».

Comme Solnon nous le raconte : si, « longtemps la lutte contre les turcs a hanté les esprits européens (…) la Turquie et l’Europe ne furent pas des mondes séparés ; loin de là, depuis le début XVIème siècle jusqu’à sa disparition, l’empire des sultans fut partie prenante de la politique européenne, allié ou adversaire d’Etats occidentaux, mêlé directement ou indirectement aux traités de paix signés entre les puissances, participant aux ruptures ou au maintien des équilibres européens » .

Le grand historien turc Halil Inalcik, fait une analyse brillante et détaillée de cette interaction dans Turkey and Europe in History .

C’est peut-être dû à cette dimension toujours présente dans la psyché européenne que la démarche de la Turquie suscite tant de débats passionnels de part et d’autre.

Faudrait-il peut-être essayer de lever une fois pour toute les miroirs déformants – c’est là un terme de Jane Hervé – qui sont présents et empêchent une meilleure compréhension réciproque. Il serait aussi utile de réaliser que le rendez-vous avec la Turquie a été et reste toujours celui de l’inconscient européen.

Surmonter ce défi serait bien difficile si nous prenions comme point de départ non pas cette nécessité d’un regard commun mais en essayant de définir l’identité de l’Europe sur des lignes réductrices.

Dans un article publié dans les Dernières Nouvelles d’Alsace, le 15 octobre 1995 ; à l’époque de l’achèvement de l’union douanière avec les Communautés Européennes, mon Ambassadeur à Paris posait la question « Quel discours européen pour la Turquie ? » et se référant à la Conférence prononcée par Paul Valéry à l’Université de Zürich le 15 novembre 1922, soulignait que c’était rude tâche alors que devient celle de construire un discours européen en Turquie tant cette vision de l’identité européenne que Valéry résumait dans sa conférence, prévaut explicitement et implicitement chez bon nombre d’interlocuteurs en Europe.

Valéry, dans cette Conférence qui fut publié par la suite sous le titre Note (ou l’Européen), en 1924, posait la question suivante : « Mais qui donc est Européen ? » et répondait : « Toute race et toute terre qui a été successivement romanisée, christianisée et soumise, quant à l’esprit, à la discipline des Grecs est absolument européenne».

Certes, la question de l’identité européenne peut être abordée sous divers angles.

Inclure ou exclure les différents apports dépend de la définition que vous souhaitez donner à l’identité européenne.

Et comme le dit si bien Rémi Labrusse en parlant du sentiment de la fracture, aux sources de l’identité occidentale, « il y a une perpétuelle interrogation sur la nature même des représentations de l’identité et de l’altérité » .

Lorsque la Turquie déposa officiellement sa demande d’adhésion aux Communautés européennes le 14 avril 1987, un livre intitulé « La Turquie en Europe » du Premier Ministre turc, feu Turgut Ozal parut en France .

Dans la préface du livre écrite par, Francis Lamand, alors Président de « Islam et Occident », souligne et je cite : « A l’ère des grands empires a succédé l’ère des grands ensembles : c’est une autre manière pour l’Histoire de concevoir la modernité. L’Europe s’est inscrite dans cette perspective. La Turquie aussi. La Turquie est en Europe comme l’Europe est en Turquie » - fin de citation.

L’argumentation développée de manière assez brillante dans le livre d’Ozal constituait une réponse constructive et convaincante à un discours européen dominant pouvant être perçu d’une manière à définir une appropriation exclusive des racines de l’Europe.

Quelle est la vision de l’identité européenne de nos jours? Comment penser l’Europe de nos jours?

Et surtout, comment retrouver ce souci de l’âme dont le projet européen a tant besoin de nos jours.

J’estime que le message du philosophe tchèque Jan Patocka est toujours d’actualité tant il nous montre la promesse d’un « nous » à venir, cette étincelle d’éternité que peut et doit représenter l’Europe.

La revue Esprit a consacré un dossier « Doutes européens, incertitudes françaises », en Février 2006 dans lequel un entretien avec Olivier Abel et Michel Marian s’expriment sur « Le débat européen sur la Turquie : Quelle Europe ? Quel projet ? Quelle périphérie ? »

Ce dossier reflète bien l’envergure du débat et le fait que la Turquie est étroitement liée aux différentes dimensions du projet européen et de son devenir.

Olivier Abel le précisait déjà dans son livre La justification de l’Europe – essai d’éthique européenne , en soulignant que cette question posait le problème d’une identité européenne plurielle, différentielle, à géométrie variable en ajoutant qu’« il y a une vaste marge sur laquelle l’identité européenne est floue et presque métaphorique : c’est pourtant sur cette marge que l’identité la plus sûre et centrale se définit pour demain ».

Pierre Béhar, quant à lui, souligne dans son livre Une géopolitique pour l’Europe que Bainville appelait la Turquie « l’un des lieux les plus importants du monde ».

Béhar rappelle aussi dans ce même livre que « La Turquie est à la croisée du Vieux Monde. A l’ouest elle regarde vers le monde européen ; au nord ; vers le monde russe ; au sud, vers le monde arabe ; à l’est, vers le monde touranien. Il ne faut pas qu’elle devienne le coin, enfoncé dans l’Europe, de trois mondes hostiles » (…)

La Turquie en tant qu’épicentre se trouve ainsi dans une position unique pour contribuer aux efforts visant à redonner au projet européen cette vitalité disparue. Le projet européen appartient à ceux qui gardent leur pleine conviction dans la démarche.

L’Europe doit rester une force d’attraction et ne pas s’inscrire dans une dynamique qui serait centrifuge.

La Turquie contribue déjà et peut aider davantage le projet européen à relever le défi posé par la géopolitique du sens, tel que Laidi développe ce concept et précise – je le cite : « un monde où l’accélération de la mondialisation et la quête identitaire qu’elle entraîne, conduit tout naturellement les sociétés à rechercher de nouvelles médiations politiques, sociales et culturelles capables de prendre en charge leur demande de sens » - fin de citation.

Qu’il s’agisse de multiples initiatives régionales ou internationales que la Turquie a prises depuis ses vingt dernières années ou à travers de concepts et démarches créateurs, c’est aux marges et aux marches de l’Europe que le projet trouvera dans cette décennie son étincelle d’éternité.

De l’initiative de la Coopération économique autour de la mer Noire lancée en 1992 au D- 8 (Développement des Huit) en 1997 ; du « Sommet Union Européenne-Organisation de la Conférence Islamique de février 2002 – un sommet qui eut un succès retentissant dans le contexte de choc des attentats terroristes du 11 Septembre- à l’Alliance des Civilisations - cette initiative conjointe avec l’Espagne en 2005 ; des Sommets Trilatéraux entre la Turquie, le Pakistan et l’Afghanistan et des processus régionaux au cœur de l’Asie à l’initiative de « Paix par la médiation » lancée en 2010 avec la Finlande; du Forum Global de Lutte contre le Terrorisme – une initiative conjointe avec les Etats-Unis dont la dernière réunion a eu lieu à Istanbul le 7 Juin 2012- aux premiers pas de la politique de voisinage du Conseil de l’Europe et du statut de partenaire démocratique de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, la Turquie fait preuve de créativité et d’actions résolues pour parvenir à bâtir un avenir meilleur.

La médiation entre Bosnie-Herzégovine et Serbie, l’initiative de coopération Bosnie-Herzégovine-Croatie-Turquie et Bosnie-Herzégovine-Serbie –Turquie sont aussi des initiatives qui se profilent comme autant d’atouts présents dans la construction de ce grand projet européen.

Certes, c’est une longue route à parcourir afin de parvenir à réaliser cette vision d’une Europe en devenir ; mais comme Jean Monnet le disait, quand on est devant un défi, il ne s’agit pas d’être optimiste ou pessimiste mais d’avoir la détermination.

En d’autres termes, le plus grand danger pour l’Europe est la lassitude. Ce constat de Husserl reste toujours valable.

Le projet européen doit opérer comme un multiplicateur d’acteurs, il doit relever le défi du changement, être présent aux plus proches non seulement de ses citoyens mais aussi là où l’on est en attente d’Europe – ou plus précisément là où l’Europe devrait être plus visible.

Nous devons mettre en œuvre le principe de subsidiarité pour le renouveau du projet européen et agir au plus proche des peuples, tant les défis sont des défis pour nous tous.

Je pense notamment à des situations comme celle qui règne actuellement en Syrie où le quotidien d’un régime est synonyme de sang et sanglots. La diplomatie turque est pleinement consciente de la transformation en cours dans la région et les attentes légitimes des peuples en soif de démocratie et las de tant d’années tyrannie. Ce n’est pas par hasard que la quatrième Conférence des Ambassadeurs réunie à Ankara l’année dernière avait pour thème majeur : « Valeurs démocratiques et intérêt national ».

Une Europe introvertie ne peut répondre aux défis actuels.

Thierry Pacquot et Michel Lussault nous le rappellent,dans le dernier numéro d’Hermès « Murs et frontières » : dans ca célèbre conférence « Bâtir Habiter Penser », qu’il prononce à Darmstadt le 5 août 1951 lors d’un colloque sur l’homme et l’espace, Martin Heidegger remarque : « La limite n’est pas ce où quelque chose cesse, mais bien, comme les Grecs l’avaient observé, ce à partir de quoi quelque chose commence à être ».

Monsieur le Président,
Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs,

Refaire l’Europe est une responsabilité commune car nous en sommes tous les architectes et nous continuerons ensemble à être les architectes de nouveaux commencements.

C’est ce message, en particulier, que je veux mettre en exergue aujourd’hui.

Mesdames et Messieurs,

Je souhaiterai ajouter à mes propos quelques mots sur la dimension singulière qui se profile souvent entre littérature et géographie chez de nombreux auteurs.

Je pense notamment à des écrivains français comme Jean Echenoz dont certains œuvres sont connus pour être des romans géographiques. A Henri Michaux avec ses voyages réels et imaginaires – en fait, le savez-vous peut-être Plume est né en Turquie. Je pense également à Jean-Marie-Gustave Le Clézio qui nous présente en fait l’écrivain comme sismographe, enregistrant les mouvements de la terre.

Ce sont là des auteurs qui m’ont accompagné dans les différentes géographies.

C’est aussi le cas pour les écrivains turcs comme le grand poète, feu Fazil Hüsnü Daglarca et plus particulièrement son œuvre Les Enfants de la Terre. Un autre auteur turc Ihsan Oktay Anar trouverait bien sa place dans ce Festival avec son livre L’Atlas des Continents Brumeux traduit en français dans les éditions Actes Sud .

Je ne manquerai pas de visiter tout à l’heure le Salon du Livre du Festival.

Permettez-moi de conclure avec Michaux et Plume !

Jean-Claude Mathieu dans son article Légère Lecture de Plume précise que « son incapacité à être, à faire semblant d’être selon les conventions des autres, se sont figurées en Plume ; et telle anecdote, celle de Plume au Restaurant, reflète l’état d’esprit de Michaux, terrifié par la force et la volonté de domination des Turcs, et commandant précipitamment, dans un restaurant d’Istanbul, une côtelette, pour avoir quelque chose « devant lui ».

Alors n’ayez crainte ! Plume étant né en Turquie, je m’inspirerai moi-même de Michaux en rentrant à Strasbourg ce soir et suivrai son exemple!

Je vous remercie de votre attention.